La tolérance artistique a-t-elle des limites ? Doit-on accepter d’un artiste, ce qu’on refuse à un journaliste ou à un simple quidam, sous peine d’assignation devant les tribunaux ?
Le cas d’Orelsan qui défraie la chronique, en marge des Francofolies de La Rochelle, pose ou repose la question.
Renaud, en son temps, avait vu une de ses chansons interdite, parce qu’il émettait l’opinion que le roi des cons pouvait être Français. Des années avant lui, Vian, Gainsbourg, Ferré et quelques autres, avaient goûté du bâton de la censure à droite suscitant parfois l’indignation à gauche. Des chansons comme « La butte rouge » ou « Le déserteur », même la chanson de Sardou, « Les ricains » furent interdites parce que venant en opposition avec la politique menée par nos gouvernants (et parfois contre l’opinion publique). Mais, concernant les chansons d’Orelsan, la portée est tout autre. Voilà un jeune homme qui cultive l’art de la provocation violente.
L’épisode de La Rochelle n’est pas le premier, concernant l’individu et la chanson incriminée par Ségolène Royal n’est pas non plus la première d’Orelsan, à avoir suscité l’indignation.
Ce qui est plus étonnant, dans cette histoire, c’est l’inversion des positions : la gauche censure et la droite défend le chanteur.
Notre nouveau ministre de la culture a, en effet, a perdu une occasion de se taire !
Comparer à Rimbaud, un type qui chante « je t’avorterai avec mon opinel » ou « je te déboiterai la mâchoire » montre qu’il n’a surement jamais entendu la chanson ou pire que Frédéric M (je ne mets que l’initial en mémoire de Tonton) n’a jamais lu Rimbaud.
Orelsan chante t-il, comme l’affirme Frédo, le dépit amoureux et exprime t-il l’homme blessé d’avoir été trompé ou plus prosaïquement incite t-il à la haine sexiste ? De précédentes chansons de l’auteur, « Saint Valentin », « Changement », incite plutôt à vérifier la seconde thèse.
Même Valérie Létard notre secrétaire d’état à…( je sais plus) déclare être scandalisée par les chansons de cet individu. Elle a estimé que les chansons Sale pute et J’aime pas la Saint-Valentin incitent à la violence sexiste. Elle est même aller jusqu’à soutenir les associations qui souhaitent porter plainte contre le rappeur en invoquant l’article 24 de la loi de 1881 sur la presse, prévoyant que toute incrimination de provocation à commettre un crime (viol ou meurtre) ou une atteinte à l'intégrité de la personne ou une agression sexuelle est punie de 5 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d'amende.
Alors qu'en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon, alors que Cheb Mami vient tout juste de prendre 5 ans ferme pour avoir en partie mis en pratique les élucubrations haineuses d’Orelsan, ce dernier devrait pouvoir continuer à déverser son fiel, sous prétexte de liberté d’expression artistique. D’autres, il y a quelques temps avaient pour nom NTM et développaient les mêmes thèses en direction des policiers. Ils avaient à leur scandalisé. Aujourd’hui, au moins l’un des deux chanteurs est sur le point d’être écroué pour violence aggravée. Mieux ne vaut-il pas prévenir que guérir ?