Que sont-ils donc allés faire dans cette galère !…Les Arditti, Greco et autres artistes estampillés de gauche.
Ainsi, y aurait-il des adeptes de l’HADOPI (loi sur l’Internet sanctionnant le téléchargement illégal) dans nos rangs ?
On savait que la loi était à ce point controversée que certains, à droite, avait oublié d’aller voter en Avril à l’Assemblée Nationale. On se doutait moins que nos artistes de gauche la trouvaient si bien et souhaitaient la défendre bec et ongles.
Cette loi répressive et sécuritaire leur paraît idéale !
Et pourtant, il suffit de se rendre sur la toile pour s’apercevoir que cette loi ne résoudra rien.
Il existe certains sites qui proposent des logiciels pour pirater la connexion Wi-Fi de votre voisin. A vous les téléchargements et à lui la coupure de l’accès Internet.
On peut donc douter de l’efficacité technique de la loi Hadopi.
Internet génère des artistes qui, souhaitant se démarquer des grands labels tels Warner, Polygram et Universal , développent via le web leurs talents musicaux et artistiques autorisant voire encourageant le téléchargement moyennant une somme d’argent laissée à l’appréciation du « téléchargeur ».
Certains groupes de musique, à la notoriété déjà acquise, ont fait de même via des licences Internet appelées « Créative Commons.» Depuis cette flambée du téléchargement, certains chanteurs ou groupes ont mis l’accent sur les concerts et on remarque aujourd’hui, un engouement certains pour les concerts en petites salles, voire les grands événements : Madonna a quitté Warner pour Live Nation, un organisateur de concert. En se produisant sur scène Madonna a réalisé de substantiels bénéfices grâce à ces tournées au détriment de sa vente de disque. Radiohead, sans maison de disque, propose un téléchargement à durée limitée de ses musiques. Nine Inch Nails partage sa musique gratuitement sur Internet et propose à ses fans une contribution de soutien, ils sont, par ailleurs, en tête des ventes d’albums sur le site d’Amazon…etc.
On peut donc douter de l’efficacité artistique des mesures de l’HADOPI. Elles ne semblent que servir des intérêts catégoriels des maisons de disques et ceux qui croient encore qu’il suffit de passer à la télé et de brailler cinq minutes pour vendre des disques et empocher des millions.
Pour les chanteurs d’accord, mais pour le cinéma ?
Non le cinéma n’est pas en danger (6.2% d’augmentation de la fréquentation des salles entre 2007 et 2008). Exemple « Bienvenus chez les ch’tis », le film le plus piraté mais également celui qui a vendu le plus de DVD et qui a connu le succès des salles obscures que l’on sait.
Alors quoi messieurs et mesdames de la gauche caviar ! On se sent des ailes Sarkozystes ou on ne comprend rien à l’évolution de la valeur artistique. Elle est vieille cette croyance que la modernité tue la réalité des artistes. Déjà certains s’étaient émus de l’arrivée du magnétoscope et sûrement du magnétophone, quelques décennies plus tôt.
Mais les tenants de la loi ont un argument qui tue : télécharger c’est du vol ! Eh bien non, n’en déplaise à nos artistes, pour l’immatériel, c’est faux !
Quand on lui vole une baguette, le boulanger a une baguette en moins à vendre, en revanche en téléchargeant une chanson, on ne vole personne, le chanteur conserve toujours sa chanson ! C’est cela l’immatériel.
Mais alors quelle solution ?
Elle apparaît si évidente! La licence globale ou la taxation des accès Internet. Cela est déjà pratiqué sur tous les supports vierges pouvant servir au téléchargement, clé USB, DVD et CD vierges…Pourquoi pas Internet via nos fournisseurs d’accès. La seule taxe sur les supports vierges rapporte 163 millions d’euros chaque année, alors qu’attend t-on !
La gauche caviar au secours de l’industrie du disque et qui fustige au parti socialiste ceux qui veulent à l’instar de Mitterrand avec la radio, libérer le Net.
Suite à la lettre qu’a reçu Martine Aubry, le PS va recevoir les révolté de l’Hadopi.
ci-joint la lettre incendiaire.
Madame la Première Secrétaire,
Depuis toujours nous avons soutenu la gauche. Chaque fois que vous avez fait appel à nous, nous avons répondu présent. Pas par devoir. Moins encore par intérêt. Par désir et par conviction.
La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand. C'était la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture. En ne les abandonnant pas à la seule loi du marché, la gauche avait sauvé les artistes dans notre pays. C'était vrai, en particulier, des dispositions prises sous François Mitterrand. Ceux de nos voisins qui n'ont pas fait ce choix-là n'ont plus de cinéma ni de musique.
En vous opposant, à l'occasion de la loi "Création et Internet", à ce que des règles s'imposent aux opérateurs télécommunications (comme vous les aviez imposées naguère aux opérateurs de télévision et de radio) pour qu'ils cessent de piller la création, vous venez de tourner le dos de manière fracassante à cette histoire commune.
Vous étiez la résistance à la déréglementation, à la loi de la jungle et du plus fort qui assassine la diversité culturelle. Vous êtes désormais, par l'effet d'une étrange ironie de l'histoire, les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l'heure du numérique.
Souvenez-vous en : le droit d'auteur est un droit de l'homme. Ce n'est pas parce que les PDG des nouvelles multinationales portent des jeans et des tee-shirts que leur âpreté et leur cupidité est moindre. Pour être cool en apparence, le capitalisme numérique n'en est pas moins sauvagement prédateur ! Héraclite nous enseigne : "le Peuple doit combattre pour ses lois comme pour ses murailles".
En faisant échec au vote de cette loi à l'Assemblée vous nous avez adressé un message de rupture. Par la présente, nous en accusons réception.
Vous avez perdu notre soutien - peut-être n'est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme.
Quant à nous, nous restons de gauche, comme ça, quand vous le redeviendrez, vous saurez où nous trouver.
Veuillez croire, Madame la Première Secrétaire, en l'expression de nos salutations attristées.
Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Bernard Murat, Michel Piccoli