Un GPII, qu’est-ce que c’est ! Un Grand Projet Inutile Imposé et bien souvent coûteux.
Comment se caractérisent ces GPII ? Ils se remarquent par l’imposition de projets de constructions ou d’aménagements par des structures publiques (bien souvent associées à des groupes d’intérêts privés) sans se soucier de l’intérêt public, justement. C’est-à-dire des intérêts locaux, de la disparition de terres agricoles ou du dommages aux paysages et environnements à protéger.
Les exemples de ce genre d’entreprise sont malheureusement très nombreux, qu’il s’agisse d’un projet de quartier de E-commerce, du barrage tristement célèbre de Sivens ou encore un projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, sans parler des plus récents tel le village nature aux abords d’Eurodisney ou encore un Center- Parc à Royon. On les recense à cette adresse - http://www.franceinfo.fr/vie-quotidienne/environnement/article/decouvrez-la-carte-des-projets-contestes-par-les-associations-ecologistes-620211
Alors quoi, nos dirigeants ne pourraient plus avoir de projets du tout !? Et chaque entreprise serait forcément vouée à l’échec, si elle n’intéresse pas, avant tout, le local et sa population ?! Archaïques ces défenseurs de la nature et ces empêcheurs de construire en rond sous le prétexte de protéger l’environnement, la faune et la flore !!. Voilà le reproche bien souvent entendu, lorsque des collectifs se forment pour s’opposer aux installations prévues. Bon dieu !!! Mais vous n’allez tout de même pas nous empêcher de créer des emplois seule considération mise en avant par les thuriféraires des bétonnages en tout genre.
Ah !! Ce sempiternel argument de l’emploi, usé et abusé à chaque fois qu’un groupe d’individus luttent et s’opposent pour ne pas voir leur hameau ou leur quartier, défiguré par une construction pharaonique mangeuse de terres agricoles ou s’implantant comme une verrue dans un paysage sauvage. Alors que nos politiques d’hier, créaient des espaces naturels, des parcs nationaux, une loi littorale pour éviter que n’importe qui s’installe n’importe où, on en viendrait aujourd’hui à remettre en cause ces préservations pour créer du sacro-saint emploi qui nous amènerait cette sacro-sainte croissance. Quel changement !
Inutile d’aller chercher beaucoup plus loin que le coin de la rue de la porte de fer, de notre bonne vieille ville de Sin, pour avoir l’exemple de ces projets grandioses imposés : un entrepôt gigantesque de 75.000 mètres carrés à côté d’un chemin de randonnées et d’étangs de pêche et dans un quartier qui avait conservé un aspect « vert sauvage ». A la place d’un espace redevenu en partie sauvage malgré la présence d’une casse-décharge par l’exploitant d’hier (le même qu’aujourd’hui), on allait y installer une boite géante. Ô bien sûr, pour notre plateforme, on n’est pas dans le cas d’un empiètement sur une zone agricole, mais croyez-vous que si le cas eut échu, le verdict en aurait différé.
Certains y verront une brillante reconversion d’un terrain vague inutilisé et pollué (désormais la pollution est toujours présente, elle est simplement enterrée sous le béton), d’autres, dont je fais partie, auraient préféré un autre projet plus en phase avec une dynamique locale pour des emplois locaux et une utilité locale.
Le projet GIFI, qui sert à entreposer des milliers de tonnes de produits importés d’Asie (vous savez, ceux que l’on fabriquait en France, il y a 30 ans) fait partie de ces projets imposés à grand renfort de publicité pour l’emploi. Personne ne sait, si demain 250 personnes des environs(chiffres avancés au moment de l’enquête d’utilité publique) travailleront réellement sur le site, mais c’est bien cet argument-là qui a été utilisé pour nous le vendre. Aujourd’hui à défaut d’emplois, on constate des dégradations sur les maisons environnantes, des infrastructures routières fortement dégradées à proximité et une première pollution avant celle des camions, une pollution visuelle : une cinquantaine de lampadaires éclairent les hectares de tôles ondulées de 17h le soir à 8h00 chaque matin. Question emploi(s), on voit surtout des camions Roumains ou Slovaques.
Ce qui caractérise également les GPII, c’est leur naissance conjointe dans la tête des actionnaires et dans celle de nos politiques. Les premiers cherchant à investir leur pognon, les seconds n’ayant généralement que peu idées novatrices. La rencontre donne ces résultats aberrants, d’un aéroport à construire en zone humide et à côté….de l’ancien aéroport qui restera en service ; ou un barrage pour alimenter les cultures dans une zone où le réchauffement climatique commence à faire son œuvre, plutôt que d’envisager une reconversion agricole qui tienne compte de cette évolution.
Collusion de l’entreprise privée et du politique gestionnaire ou l’entreprise dicte aux locaux leur manière de voir et la leur vend à grands renforts de publicité « l’œuvre ». Le politique local ou une collectivité territoriale quelconque, y voit l’occasion (parfois honnête) de résoudre un problème de trésorerie et d’amélioration du marché local de l’emploi. Bien souvent, c’est aussi une bonne manière de devenir le Père du projet…et très vite on en oublie les soucis environnementaux, les paysages et les habitants avec une absence quasi-complète de concertation. Le projet est concocté dans des bureaux en catimini (Pour GIFI, il s’agissait par exemple de ne pas éveiller la concurrence) ficelé comme un rôti de bœuf avant la cuisson, et quelques semaines avant l’accord officiel, on vous exhibe une vague enquête publique avec une somme astronomique de pièces plus incompréhensibles les unes que les autres et on vous demande votre avis, à vous, le simple quidam, appelé bien souvent riverain. On vous explique alors, un brin condescendant, que tout le monde est d’accord, la Région, l’État, les services de la DRIRE, de la DREAL que techniquement, sécuritairement et « environnementalement », tout baigne…on a même prévu des catastrophes improbables, c’est vous dire!! Apparemment, l’avis du riverain ne fait pas partie des questions que l’on s’est posé: l’opposition citoyenne reste dans le domaine de l’imprévisible politique.
Au-delà du phénomène NIMBY, acronyme anglais (not in my back yard) qui explique le fait que chacun est d’accord pour construire une prison ou une centrale nucléaire…à la seule condition qu’elle soit construite loin de chez moi, il s’agit désormais d’une prise de conscience collective qui refuse qu’on asservisse la nature, qu’on détruise les espaces naturels ou agricoles et qu’en un mot, on réfléchisse à une économie plus durable et plus en phase avec la nature. Y aurait-il plus d’emplois dans l’installation d’un Center-Parc que dans une extension des terres agricoles bio ? Rien n’est moins sûr. Les milliards bientôt dépensés pour notre canal Seine- Nord auront-ils les effets escomptés sur la réduction du trafic routier, sur le développement économique local et sur l’emploi ? Doutez-en !! Un rapport en démontre tout le contraire !!
Devrons-nous, aussi, manifester au risque de prendre une grenade sur le coin de la figure pour défendre l’environnement, ou serons-nous assez apathiques pour considérer que le sacro-saint progrès doit l’emporter sur les préoccupations environnementales ?
Devrons-nous attendre que la nature nous rappelle qu’il est imprudent de construire en zones inondables (La Faute sur Mer) pour arrêter de bétonner les abords des villes et nos littoraux? Devrons- nous attendre qu’un tremblement de terre ou qu’une forte tempête comme celle de 99 nous rappellent que bien des centrales nucléaires sont sises sur des failles ou en bord de mer ? Devrons-nous attendre que le climat se détériore encore plus, pour comprendre que notre future croissance est à la réparation de notre planète et non dans l’entêtement à retrouver notre croissance d’après-guerre ? Je doute qu’on en soit capable. Je pense qu’on attendra que la terre nous fasse comprendre qu’on ne peut plus aller plus loin dans les exploitations. Tant pis !