Immobilisme, statut quo, conservatisme, on ne sait guère quel mot employé pour expliquer le jeu de mikado qui se joue entre le SMTD,
la CAD et la communauté de commune de l’est douaisien, la CCO.
« Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément », dit la maxime, mais il parait
difficile, si ce n’est impossible de narrer clairement ce qui s’est passé et surtout, ce qui se passera demain entre ces trois établissements publics. Un peu d’histoire récente ne nuira pas à la
compréhension des arcanes et des tractations qui se jouent dans le Douaisis à propos de l’équilibre droite gauche, le tram et sa ligne 1 et l’opposition entre partisans du scénario
ouest-douaisien et ceux qui souhaiteraient une solidarité douaisienne dans son ensemble.
La première étape remonte à quelques années, au moment où le tram commence à être vu comme un projet à réaliser.
Première entorse au projet, Lewarde (communiste) refuse que le tram traverse la commune. A ce niveau, selon moi, c’est le début des embrouilles et le point de départ de l’impossible quadrature du
cercle. Malgré cette opposition, le projet est lancé, les partisans de droite et de gauche pensent, à l’époque, que l’interdiction de traverser Lewarde ne tiendra peut-être pas face à la volonté
affichée de l’ensemble des autres communes…quelques années plus tard, c'est-à-dire aujourd’hui, ce problème là persiste.
La seconde étape, plus connue, pourrait se résumer en un titre « un tram hors normes confronté à des problèmes hors
normes », une série de couacs associés à des ententes sous le manteau avec le constructeur du système de guidage et le président de la CAD de l’époque et des normes à respecter dignes d’un
airbus qui plombent l’envol d’Evéole et transforme l’arrivée du tram dans le Douaisis en épopée : le tram « nommé désir » par les usagers suit une bien mauvaise
trame.
Les deux dernières étapes suivent le même chemin tortueux, mais cette fois d’un point de vue politique. En 2010, Evéole,
sous présidence communiste, puisque la gauche y est majoritaire, se met en grève au motif de licenciements annoncés ; durant plusieurs jours ce sera le tram fantôme avec tous les
problèmes que l’on a connu : les usagers, à peine habitué à ce nouveau moyen de transport, le voit disparaître du jour au lendemain. Le PS, bien inspiré cette fois, soutient les grévistes et
tentent une médiation auprès du président. Mais c’était sans compter sur la politique du pire des « coco ». Après, une déclaration larmoyante du président sur le fait d’avoir été lâché
par son partenaire de gauche, celui-ci pose sa démission, le SMTD se retrouve sans président. Qu’à cela ne tienne, le PS, toujours aussi bien inspiré, déclare solennellement que, dans le cas où
le PC présenterait un successeur au démissionnaire, il voterait comme un seul homme en sa faveur.
Les choses vont cependant se gâter au moment du vote, à la CAD, du programme pluriannuel d’investissement (PPI) et la prise de
position de la droite et d’une partie des socialistes en faveur d’une seconde ligne de tram plutôt que d’envisager la continuation de la ligne1, toujours en suspend. Le PS, très mal inspiré pour
le coup, a décidé en majorité, de suivre le scénario favori de la droite et le PC n’apprécie pas, c’est le moins qu’on puisse dire.
Au PC on manifeste son mécontentement (au PS aussi, mais il passe plus inaperçu) et au moment où se décide le vote du futur président
du SMTD, les cocos, sortants, décident de ne plus présenter de candidats et de ne plus faire partie de l’exécutif et poussent le bouchon jusqu’à ne pas participer au vote prévu. Une question se
pose alors au PS, doit-on présenter un candidat et garder le syndicat à gauche ?
On aurait pu envisager que le PS, sur ce coup là, tente le tout pour le tout et s’attache plus à la politique qu’à la technique. La
gauche était majoritaire, d’une voix certes, et par conséquent rien ne s’opposait à ce qu’un candidat soit, lui aussi, de gauche. Mais c’était sans compter sur l’enjeu de pouvoir, ce qui se
comprend et sur l’enjeu pécuniaire, un peu moins compréhensible.
Face à une droite UMP et un MENID (le MODEM local) minoritaire, l’enjeu politique était de taille, la possibilité d’avoir 4
vice-présidences si le candidat PS l’emportait ou plus aucune vice-présidence si il était battu et que la droite prenait ombrage que les socialiste se soient vus à la présidence du
syndicat. Le risque de voir disparaître une participation au bureau du SMTD semble l’avoir emporté et la possibilité de gagner, ne serait-ce qu’une vice-présidence aussi. L’aspect de consensus et
ce jeu de mikado évoqué plus haut semble l’avoir emporté. Comment tirer son épingle du jeu sans faire tomber tout l’édifice : la solution est de ne pas jouer. Pour éviter tout risque le PS
en vient à refuser celui d’affronter le vote.
Reste l’aspect politique qui semble bien mal engagé pour les socialistes Douaisiens, taxés d’avoir voté avec la droite et d’avoir
comme elle voulu abandonner à son triste sort, l’est-douaisien et son bout ligne de tram Masny - Auberchicourt.
Aujourd’hui le SMTD est à droite et cela aura des conséquences pour ceux qui ont décidé de collaborer passivement à cette
victoire.
Premièrement, comment nos vice-présidents qui pour certains ont voté le scénario de la CAD, abandonnant l’est-douaisien, vont-ils
pouvoir assurer et rassurer les membres du SMTD de vouloir prolonger cette même ligne 1, en qualité deVP au syndicat des transports. Il va vite apparaître impossible de favoriser à Douai la
desserte de l’hôpital et du sacro-saint Raquet et pousser au SMTD la continuation de la ligne originelle jusqu’à Aniche, sans sombrer dans une certaine schizophrénie.
Deuxièmement, il va être particulièrement délicat aux candidats aux élections cantonales et spécifiquement à celui qui souhaite
succéder à Laurent Houiller de bâtir une campagne convaincante sans qu’on vienne lui rappeler que son groupe n’a guère favorisé le développement économique du canton. N’en doutons pas, la prise
de position communiste a sûrement été mûrement réfléchie et la campagne menée dans le canton de Douai-sud portera sans aucun doute sur ce thème. Les communistes ont accepté de perdre deux VP au
SMTD, je doute que ce soit par pure philanthropie, mais gageons qu’il s’agit là d’un acte politique qui sera amplement commenté lors des cantonales de mars 2011.
Reste que Douai semble avoir gagné la partie en prenant la tête du syndicat des transports, la CAD « retrouve » ou plutôt
s’adjoint la compétence transport. Sa présidente saura faire valoir la politique UMP dans la communauté et favoriser ce que le président de la CAD souhaitera : une ligne 2, pas encore
complètement tracée mais déjà mise sur les rails (sans jeu de mots), une piscine olympique, voire un archéosite (qu’il va falloir vendre à une population qui, à 90%, s’en fout) et la desserte du
quartier du Raquet (qui va voir le jour en 2010 quelque chose si tout va bien et 2020 quelque chose si tout va mal ).
Tout ces projets sont sensés favoriser le développement économique de l’arrondissement et bon nombre y voient des projets
d’infrastructure indispensables pour attirer une population et revitaliser un Douaisis moribond. J’aurais pensé que seule la création d’emploi avait cette vertu à court terme et que, pour
développer la région économiquement, une zone industrielle supplémentaire (par exemple) et un plan de circulation revu de fond en comble eurent été plus efficaces. Au moment ou les entreprises du
secteur tombent comme des mouches (Ingersoll Rand, Arbel Fauvet Rail, la SIAC et j’en passe), au moment où le commerce de Douai semble passer l’arme à gauche (sans jeu de mots, là non plus), la
ligne 2 et notre piscine à vague risquent de faire pâle figure. Au niveau national 2011 s’annonce être catastrophique pour l’industrie automobile, prime à la casse oblige, gageons que cela aura
une incidence sur notre territoire, qui, rappelons le, abrite trois constructeurs. Souhaitons que demain la ligne 2 ne soit pas là uniquement pour drainer à travers le Douaisis désert des hordes
de chômeurs visitant un territoire exsangue
Restera pour certains socialistes, la satisfaction de rester dans les sphères décisionnelles voire de cumuler encore un peu plus les
responsabilités : la technique politique politicienne y a gagné ceux que la politique de transformation, chère à la gauche, y aura perdu.